Le rappeur Booba est-il notre plus grand poète ?
Publié le 12 Avril 2015
Le caïd du rap français bat tous les records d’obscénité avec ses textes ultraviolents. Les intellos et les littéraires adorent. Que lui trouvent-ils ?
En septembre 2011, Jean Birnbaum commençait son éditorial du «Monde des Livres» avec un aveu qui a pu surprendre quelques lecteurs: «Il n’y a pas si longtemps, j’écoutais Booba en marchant dans la nuit...» Le directeur du supplément littéraire comparait le gangsta rappeur bodybuildé à Léon Bloy et louait sa «prose obscène». Il citait quelques vers du poète, tirés de ses premiers morceaux («Enfance insalubre, comme un foetus avec un calibre...»), choix de connaisseur qui révélait le vrai «boobo», le bobo pro-Booba.
Un soir de mars 2015, Birnbaum est installé à la terrasse du paisible café Le Rostand, qui borde le jardin parisien du Luxembourg. Il raconte qu'il est allé, l'an dernier, voir Booba en concert à Bercy, comme on rend un hommage. «C'était nullissime», déplore-t-il. Entouré de types qui fumaient des joints et lançaient des canettes de bière, il est parti au bout d'un quart d'heure. On commande de l’eau minérale, boloss que nous sommes.
Citer Booba dans “le Monde des livres”, c’est tout de suite interprété comme une provocation, dit-il. Certains ont trouvé ça courageux. D’autres n’y ont vu qu’une tentative grotesque d’ouverture à une sorte de sous-culture. Les deux positions sont stupides. Booba fait tout simplement partie de mes auteurs de référence. On revient toujours à quelques textes, quelques auteurs qui nous structurent. C’est un peu ridicule, de dire j’aime Barthes, Bernanos et Booba. Mais, pour moi, c’est important. Je l’ai énormément écouté, plagié même. [...]
L’écrivain d’extrême droite Renaud Camus trouverait chez Booba de quoi alimenter sa crainte de la «contre-colonisation», quand il dit: «Les colons nous l’ont mise profond/A l’envers on va leur faire», «Clic, bam ! Un colon saigne» (ici, le Blanc est assimilé au colon), ou: «Quand je vois la France les jambes écartées, je l’encule sans huile.» Booba n’est pas black-blanc-beur. [...]
Il pousse l’éthique racaille dans ses derniers retranchements: apologie du terrorisme («Ils veulent qu’on dégage/Après ces fils de putes s’étonnent quand il y a des clous dans des bouteilles de gaz»), de la haine anti-flic («J’aime un keuf quand son slip jaunit», «J’ai le sourire/Comme à l’enterrement d’un flic»), du trafic de drogue, de l’homophobie; hostilité postcoloniale («Et pour les gros harkos, des grosses bastos»); séparatisme racial («Les toubabs veulent arracher le fusil de mon berceau», «C’est pour les frères beurs ou marrons»); refus de la réinsertion (tout simplement: «Nique sa mère la réinsertion»).
Source : Le Nouvel Obs
On croit rêver ! Booba est à la poésie ce que Johnny est à la philosophie.
Jadis nos rois avaient des bouffons pour les distraire, aujourd'hui nos élites ont Booba pour frissonner de peur et d'extase. On a les héros que l'on mérite et cela en dit plus long sur nos dites élites que sur Booba, personnage trop grotesque pour être crédible. Notons tout de même que ses textes relèvent pour la plupart à de l'incitation à la haine raciale.
D'autres sont sévèrement condamnés pour beaucoup moins que ça !