- Les juifs de France, de "communauté mon amour" au communautarisme
Publié le 20 Octobre 2012
Lu sur Rue 89 : Prison identitaire pour certains, pilier rassurant pour d'autres, la communauté juive recouvre une vraie diversité. Un groupe pluriel, qui comme d'autres, n'échappe pas à la tentation communautariste.
Régulièrement présentés comme une communauté, les juifs de France (environ 550.000) formeraient-ils une grande famille ? Espaces de vie sociale, de formation ou de spriritualité, les organisations communautaires sont de plus en plus prisées. En 2002, 67% des 19-29 ans avaient déjà été en lien avec une structure éducative juive (contre 44% en 1988). Côté école, même tendance : en 2005, 29.454 élèves étaient scolarisés dans une école juive, une augmentation de 84% en 14 ans.
Véritable ciment, l'attachement à Israël constitue l'un des piliers de l'identité. Pas vraiment étonnant puisque 77%des juifs de France y ont de la famille. Sophie, dont plusieurs proches vivent en Israël, est restée un an à Jérusalem : "je ne m'y suis jamais sentie chez moi. L'une des premières choses qu'on me demandait, c'est si j'étais juive. Très agaçant ! Qu'est-ce qui se serait passé si je ne l'étais ?"
Anaël poursuit : "ce n'est pas parce que quelqu'un est juif qu'il sera mon ami, mais il y a forcément une proximité qui se crée. C'est quelque chose de rassurant."
Républiques VS Communautés ?
Le sentiment communautaire d'une partie des juifs de France semble étonnamment bien accepté, et même reconnu, par les pouvoirs publics, alors que la notion de communauté est constamment décriée.
Selon le sociologue Michel Wieviorka, "on peut tenir un discours républicain pur et dur : "je refuse d'entendre parler de minorités dans l'espace public." Ou bien dire : "je reconnais les communautés dans la mesure où elles s'accomodent des lois de la République." Mais on ne peut pas affirmer les deux à la fois !
Michel Wieviorka précise : "Nicolas Sarközy, par exemple, disait ne reconnaître aucune minorité. Mais après la tuerie de Toulouse, il a montré sa compassion à l'égard de la communauté juive, et pas simplement à l'égard de familles françaises, puis accompagné les cercueils à l'aéroport pour qu'ils soient enterrés en Israël. C'est incohérent, un jour la france sera obligée de faire face au caractère schizophrénique très courant de ce type de positions. Le communautarisme, c'est l'idée que la communauté décide de tout, et qu'il n'y a pas de règle supérieure à la sienne. Celui-ci peut déboucher sur des formes extrêmes de religiosité ou de vie communautaire."