- Les lois mémorielles sur l'esclavage et la colonisation font-elles plus de mal que de bien ?

Publié le 18 Février 2013

http://www.lalsace.fr/fr/images/4C6DECAB-F778-42F0-835E-54897EFF7F12/ALS_03/dimitri-casali-a-l-assemblee-nationale-lors-d-un-debat-sur-l-histoire-dr.jpgDimitri Casali est historien et directeur de collection pour l'Express, il est l'auteur de l'Histoire de France Interdite, Lattès 2012 : L'Altermanuel d'Histoire de France, Perrin, prix du Guesclin 2011.

Atlantico : Du 16 février au 3 mars 2013 se déroule la semaine anti-coloniale où sont consacrées les luttes anti-coloniales, d'hier et d'aujourd'hui. Rosita Destival, une Française d'origine guadeloupéenne, descendante d'esclaves, a assigné l'Etat pour crime contre l'Humanité. Elle est soutenue par le Conseil représentatitif des associations noires de France (Cran) qui estime que le gouvernement n'a pas tenu ses promesses en matière de réparations. Dans ces cas-là, comment fait-on la part des choses entre ce qui relève de la juste reconnaissance du passé et de la repentance ?

Dimitri Casali : Ces associations communautaires et groupes de pression sèment une fois de plus un sentiment de suspicion et de haine entre tous les Français, creusant encore plus le fossé qui les sépare. Nous sommes le seule peuple au monde (à l'exception des Allemands pour les raisons que nous connaissons tous (...)) à cultiver la repentance à un tel niveau. Si on écoutait ces associations, bientôt on condamnerait Périclès ou Jules César pour crime contre l'Humanité pour avoir pratiqué, institutionnalisé, et défendu l'esclavage dans leurs cités. 

On oublie sans cesse de replacer l'Histoire dans le contexte général, et de rappeler, simplement, que depuis la plus haute Antiquité, l'esclavage était pratiqué par toutes les sociétés et ne scandalisait pas. Cela paraît fou, mais c'était alors la loi du vainqueur.

(...) Ces associations feraient mieux de s'occuper de ce qui se passe aujourd'hui puisque l'esclavage persiste encore de nos jours. La Mauritanie n'a adopté une loi qui réprime la détention d'esclave qu'en 2007, le Mali et le Niger pratiquaient l'esclavage jusque dans les années 1980.

(...) Pourtant rien ne justifie, et surtout pas le droit international, que les Français aient, cent soixante huit ans après, à endosser collectivement la marque des malheurs et des sévices de l'Histoire. "Le mal n'est pas une maladie collectivement transmissible et le passé n'est pas une fatalité", a écrit justement justement l'historien Jean-Pierre Rioux.

Mais depuis une dizaine d'années les lois mémorielles et en particulier la loi Taubira (2001) ont incité ces groupes communautaires à se définir comme victimes de crime contre l'Humanité dont ils aiment se présenter comme des descendants directs. On voit là l'usage anachronique et dangereux de notions récentes, qui ont servi à juger les responsables nazis devant le tribunal international de Nürnberg !