- Besançon Neuf mois ferme pour l’évadé, « buzzer » du net

Publié le 27 Août 2011

Saïd Bahmed s’excusait lundi sur France 3. DR

                                                             Saïd Bahmed s’excusait lundi sur France 3. DR

Condamné à un an de prison dont trois mois avec sursis pour son évasion du palais de justice de Besançon, Saïd Bahmed, 25 ans, est relaxé pour ses propos insultants qui avaient fait le buzz sur Internet cet été.

« Au début, je voulais pas me sauver mais je n’avais pas d’autre solution. » Dans le box des prévenus, Saïd Bahmed raconte « son enfer » du centre de détention de Châteaudun. La pression des surveillants et celle de ses codétenus, devenues insupportables cette année. Avec son langage cru de gosse des cités, le petit délinquant bisontin évoque les menaces des taulards quand il refusait de ramener « du shit ou des portables », en revenant de permission de sortie. Il dit la peur, les violences ou les brimades et le silence étouffant de l’administration pénitentiaire lorsqu’il demande à être transféré de prison. Il évoque ses tentatives de suicides, ses crises de fureur qui n’arrangent pas son cas, et dénonce le système carcéral et cette prison en particulier. Un contexte qui explique, à l’entendre, son évasion le 27 juin du palais de justice de Besançon. Le président Depoulon lui fait pourtant remarquer qu’à Besançon ou Joux-la-Ville, il a aussi eu des problèmes avec des comparutions en commission de discipline. Il rétorque : « C’était avant 2007, j’étais bête… Maintenant j’ai compris » Mais il y a aussi ces outrages : « Je m’suis évadé, j’vous ai baisé bande d’enfoirés… » enregistrés pendant sa cavale par une équipe de Teuchiland. Tv, postés sur le Net et visionnés par « près de 500 000 internautes ». Un processus qui lui a échappé, assure-t-il « Je ne savais pas qu’ils mettraient ça sur You Tube » À l’insu de son plein gré en quelque sorte. « Je ne visais pas les gendarmes. Je parlais en général à tous ceux qui m’ont fait la misère… » Et de regretter, un peu tardivement, dans une envolée quasi hugolienne : « Si j’avais fait plus d’école et moins de prison, je me serais exprimé mieux sur ce qui se passait là-bas »

Des outrages « parfaitement caractérisés » pour la substitut Margaret Parietti qui s’appuie sur une condamnation du groupe de rap NTM par le tribunal d’Aix-en-Provence, pour des chansons du même tonneau. Elle décrit un jeune délinquant aux 21 condamnations pour de multiples petits délits, qui a en général « une très faible résistance à la frustration » et qui sort systématiquement de ses gonds. Et d’ironiser sur le titre de son clip provocateur et retentissant « La liberté n’a pas de prix ». « Si, la liberté a un prix ! Celui de vivre dans la droiture et dans le respect des règles de la société. » Elle requiert 18 mois de prison dont six avec sursis. Pour la défense, Me Catherine Bresson se dit étonnée de « l’ampleur médiatique prise par ce dossier ». Elle évoque le parcours de son client qu’elle connaît depuis 15 ans et qui « a crié son désespoir sans être entendu malgré d’incessantes demandes de transfert ». Pas question de discuter la cavale, « une simple pulsion causée par ce désespoir », mais elle demande la relaxe pure et simple pour l’outrage car la citation, qui vise nommément les deux gendarmes de l’escorte, « est mal faite ». Proférés sur internet, les propos incriminés relèvent à son sens de la loi sur la presse de 1881 qui impose une plainte des victimes. Et de plainte, il n’y a pas. Elle assure que son client a compris, qu’il va « arrêter ses bêtises » ; mais espère que l’État « comprenne aussi et remette en question les conditions de détention dans les prisons françaises ».

Le tribunal prononce la relaxe sur l’outrage et inflige au prévenu un an de prison dont trois mois avec sursis.

Ci-dessous, la vidéo postée sur Internet

 

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